Interview de David Michaud, Lejapon.fr

Voici la version manuscrite de l’interview ci-dessous:

N’oubliez pas aussi de visiter le site de David à Lejapon.fr

                    *              *              *

Othmane – Tokyo Incognito : Bonjour à tous et bienvenue sur la session 3 des interviews de Tokyo Incognito. Aujourd’hui, on a avec nous David du site Lejapon.fr

Bonjour David.

 David – LeJapon.fr : Bonjour.

 Othmane – Tokyo Incognito : Alors David, est ce que tu peux nous présenter lejapon.fr et sa création ?

 David – LeJapon.fr : Le site lejapon.fr était à la base un besoin de montrer différemment le Japon, tu vois on avait beaucoup d’images d’épinal du pays. Et quand je suis venu au Japon, j’étais assez troublé car ça ne représentait pas l’image que j’avais du lieu. Et je me suis dit à ce moment là il faudrait montrer un peu aux autres, ceux qui ne sont pas venus au Japon, que finalement, ce qu’on voit comme gratte-ciels, geisha et autres n’est qu’une partie du Japon et qu’il est beaucoup plus riche que ça. Et donc j’ai lancé le site lejapon.fr dans l’idée de partage, et à la base c’était juste ma galerie photo ensuite elle a eu un peu de succès au niveau des blogueurs, et il y’en a plein qui m’ont dit : « mais tu devrais transformer cette galerie photo en blog, surtout avec la possibilité de laisser des commentaires pour avoir une interaction avec l’auteur », et c’est à ce moment là que j’ai crée le blog qui est devenu Lejapon.fr

Othmane – Tokyo Incognito : Mais pourquoi ne pas avoir choisi une plateforme comme Flickr par exemple ?

David – LeJapon.fr : À ce moment là, je développais mes propres sites, j’étais directeur artistique. Donc je maitrisais la technologie du web, et plutôt que d’utiliser une plateforme en quelque sorte dématérialisée, j’ai préféré garder un truc bien à moi et peut être à l’époque Flickr n’existait pas, c’était il y a 7 ans.

Othmane – Tokyo Incognito : Donc t’as créé le site avant de venir ?

 David – LeJapon.fr : Non, non, je suis venu la première fois il y a 10 ans. C’est simple, là il y a quelques jours, je fêtais mes premiers pas il y a 10 ans au Japon. Et c’est pour ça que là j’ai pu me rendre compte qu’à l’époque, je suis passé à coté de plein de choses. J’étais un peu décontenancé et je ne savais pas trop où je mettais les pieds. J’avais acheté des guides mais je ne les avais pas ouverts, vu qu’ils étaient aussi passionnants qu’un annuaire téléphonique, et en fait j’aurai dû. Et aujourd’hui je me dis que si c’était à refaire, je referais ça différemment. Mais c’était une expérience intéressante.

Othmane – Tokyo Incognito : Et du coup en fait, t’es arrivé au Japon la première fois il y a 10 ans, mais tu es installé depuis combien de temps ici ?

 David – LeJapon.fr : Alors ça fait là 5 ans que je suis installé au Japon. Bein tu vois pour revenir sur une petite histoire, il y a 10 ans, je rêvais d’aller en Chine, j’ai même un peu étudié le Chinois et j’étais en train de tout préparer mais c’était assez complexe avec le visa et tout. Et j’avais un ami qui était marié à une japonaise qui me dit : «Si tu veux, on t’organise tout pour le Japon, tu vas voir c’est simple, pas besoin de visa, tu viens comme ça sans problème ». Et je me suis dit allez, va pour le Japon, je me prends pas la tête comme ça, c’est pour ça que je n’avais pas vraiment préparé ma venue au Japon, et ça ne faisait pas partie des pays que je rêvais de visiter. C’est aussi pour ça que c’était le coup de foudre, et bien plus spontané.

Othmane – Tokyo Incognito : Et t’as fini par visiter la Chine après ?

David – LeJapon.fr : Bein Non :).  Je n’en ai pas fini avec le Japon. C’est ça qui est assez terrible avec ce pays, il fait 2000 KM de long et quand tu vas à l’extrême nord, c’est limite sibérien, et l’extrême sud c’est Hawai ! Et entre les deux, t’as le choix, au sein d’un seul pays, c’est comme si t’as plusieurs pays avec des cultures différentes. Du coup j’ai l’impression de ne pas encore en avoir fini avec le Japon et qu’il faut que je continue l’exploration et la découverte. Mais des fois je me dis puisque j’habite ici ce serait bien que j’aille en Chine un de ces quatre.

 Othmane – Tokyo Incognito : Surtout que ici au Japon ce qui fait qu’il faut y passer beaucoup de temps, c’est d’abord en terme géographique les régions ne se ressemblent pas et ensuite en terme de climat, les saisons sont distinctes, par exemple l’automne et l’hiver sont séparés alors que dans d’autres pays elles se mélangent.

David – LeJapon.fr : Même au niveau des saisons, nous on a quatre saisons alors qu’eux sont à huit saisons ou plus . Le printemps commence avec les pruniers en fleurs, ensuite les cerisiers en fleurs, ensuite les autres espèces classiques qui fleurissent…  Rien que le printemps peut être découpé en trois morceaux.

L’été c’est pareil: ça commence par la saison des pluies ensuite la saison des hanabi (feux d’artifices) et puis les typhons. Même l’été tu vois, on peut le découper en trois.

Ensuite, un petit truc qu’il est intéressant de savoir, c’est que beaucoup imaginent l’automne en octobre, alors qu’ici au Japon c’est plutôt à partir de mi-novembre, y’en a plein qui viennent en Octobre pour voir les Koyo, les arbres qui changent de couleurs, les érables rouges… Et finalement, ils trouvent une nature verdoyante et se demande « c’est pas l’autonme ? », Et bein non ici c’est à partir du mi-novembre jusqu’à fin decembre.

Othmane – Tokyo Incognito : Et là tu viens de revenir de Sapporo, je pense. Tu y étais en hiver ?

David – LeJapon.fr : Oui, j’y étais en fevrier, c’est là où il fait le plus froid au japon. J’étais au festival des glaces de Sapporo, donc une premiere pour moi. J’en ai profité pour faire quelque jours la-bas pour faire le festival de glace, tester les pistes de sky… C’est une experience interéssante, Saporo finalement je l’imaginais plus grand.

Et le festival des glace, tu le fais en deux fois deux heures, il faut le faire le jour et la nuit. La nuit l’éclairage est assez sympa et c’est super. A Sapporo, ce qui est intéressant aussi c’est la bière. Sapporo est la ville de la bière, tu as le Sapporo musuem où il l y’a un restaurant  qui propose le Tabehodai et Nomihodai (qui veut dire nourriture et boissons à volonté). En deux heures tu t’éclates la panse avec le Gengis Khan qui est le repas mongole, donc monton à voloné ! Tu enchaine en deux heures.

C’est vraiment sympa et  le restaurant en lui-même est dans l’ancien site de la brasserie donc c’est aussi assez joli à voir, donc c’est le truc que je recommande. Après il va falloir que j’essaie l’été parce qu’Hokkaido c’est quand meme l’ile fermière c’est là où il y’a toute l’agriculture, principalement blé et autres. Donc c’est à visiter aussi l’été pour voir les grandes étendues.

Othmane – Tokyo Incognito : Surtout qu’il y’a des paysages que j’ai vu en photo c’est magnifique les champs de lavande à Furano. Et je ne sais pas si tu as vu les vidéos des poulpes vivants à Hakodate ?

David – LeJapon.fr : non

Othmane – Tokyo Incognito : En fait, c’est la ville la plus au sud de Hokaido, et ils ont un plat d‘un poulpe qu’il servent vivant.

David – LeJapon.fr : Ah c’est comme les plats coréens en fait.

Othmane – Tokyo Incognito : C’est un truc très impressionnant. Les gens mettent le poulpe dans la bouche et il tente d’échapper avec ses tentacules.

David – LeJapon.fr : Oh mon Dieu , quelle horreur !

Othmane – Tokyo Incognito : Il faut etre un peu cruel pour le faire mais à tester.

David – LeJapon.fr : Ah ah, non…

Othmane – Tokyo Incognito : Du coup ici au japon, est ce que tu es seul ou avec ta famille ?

David – LeJapon.fr : Oui, je suis venu avec ma famille. Quand on est partis s’installer au Japon, ma fille avait un an. Et c’est un peu ça qui m’a motivé, parce que je me dis que si elle grandit en France, (parce qu’elle est née en France) et va l’école en France, pour venir s’installer au japon ca va être un petit peu difficile. Tandis que là comme elle est jeune, on peut bouger. Et puis il y’a un temps pour bouger et après on sédentarise toujours.

Donc je m’étais dis quitte à faire l’aventure autant que ce soit maintenant et j’ai emmené avec moi ma famille.

Othmane – Tokyo Incognito : Et là en fait j’ai deux questions par rapport à ton blog: Déjà pourquoi la photo ?

 David – LeJapon.fr : La photo, en fait, j’ai commencé quand j’étais gamin, mon père avait construit un petit labo photos noir et blanc. Du coup je passais pas mal de temps dans le labo, je m’amusais pas mal et je bousillais pas mal aussi, son appareil photo leica ?.

Othmane – Tokyo Incognito: C’était quelle année ?

David – LeJapon.fr: Début 80… Il me disait toujours : « tu ne touche pas l’appareil , c’est l’appareil qui coute cher »

Donc lui il le planque et toi tu es le gamin qui essaye justement de le choper. Donc je le lui ai bousillé. C’est comme ca que mon premier contact avec la photo n’était pas des plus réussis. Et après quand je suis devenu ado, il m’a offert un petit appareil photo russe qui faisait des photos correctes tout en manuel, ce qui m’a permis de bosser la photo dessus, je faisais beaucoup de noir et blanc. Puis j’ai complètement abandonné la photo et je suis revenu à la photo en 99 avec du numérique.  J’ai testé le numerique, avant ca ne valait rien. J’ai testé le premier appareil photo apple. Il faut savoir qu’apple faisait un appareil photo debut des années 90 qui ressemble à des jumelles, ca s’appelait le Quick Take

Othmane – Tokyo Incognito : Avec deux visières ? 

David – LeJapon.fr : En fait c’était comme des jumelles, et faisait du 320*240 Px. C’est minuscule si tu vois le truc, c’est de la taille d’un icône, c’est ridicule. Et le numérique n’avait aucun intérêt à ce moment la. Et c’est en 99, que j’ai commencé à faire un travail un peu mieux en numérique et je me suis acheté un petit sonny P5 avec 2 ou 3 mega Pixels . J’ai commencé par faire découvrir Paris. Pareil moi je viens de Charente, un petit bled paumé au milieu des vaches et des vignes. J’arrive à Paris et j’avais des images de folie. Tout le monde me disait tu verras Paris c’est métro boulot dodo, puis finalement je rencontre des amis qui font du roller.

Je me mets aux rollers et je découvre un autre Paris : un Paris branché, Paris cool, relax où tu passes ton temps en terasses avec tes pôtes et autres… Et là je me dis mais il faut que je montre aux gens ce Paris. Donc j’ai créé un site à cette époque (99 et 2000), bien avant les blogs. Mon but c’était de montrer Paris autrement.

C’est pour ca que quand je suis arrivé au Japon, je me suis dit « mince le Japon c’est pas comme on se l’imagine », je vais faire pareil et je vais montrer le Japon autrement.

Othmane – Tokyo Incognito : Ça a marché à Paris je fais la même chose à Tokyo…

David – LeJapon.fr : Voilà, exactement. Du coup, j’ai commencé avec le même appareil et puis finalement avec le temps, je me suis dis que je devais acheter du vrai matos. Et comme je commencais à vendre de la photo en France, je suis dis de passer en niveau professionnel donc il me faut du materiel professionnel. J’ai commencé un appareil photo numerique un reflex de chez canon, le D60, rien à voir avec le 60D qui est sorti récemment. Et là j’ai commencé à devenir réellement un professionnel photo en France et je faisais donc des portraits d’artistes et d’autres commandes de clients et en même temps j’allais au Japon et je faisais des photos que je revendais ensuite en France. C’est comme ça que la photo a commencé par être une passion , un besoin de partage et est devenue une profession.

Othmane – Tokyo Incognito : Du coup le mix entre Tokyo et les photos a donné Tokyo Safari ?

David – LeJapon.fr : Alors, ensuite j’ai lancé le blog, qui a connu son succès. Je viens m ‘installer au Japon , je travaille pour un magazine automoblile et high tech où je suis photographe et journaliste. Mon site grandit… Mon premier livre sort… A ce moment là c’est terminé avec la boite avec laquelle je bossais, j’ai des amis qui me disent « maintenant que tu as du temps libre on va venir te rendre visite » je dis « pas de problème je vais vous guider » et je commence à les guider avec mon regard de photographe : je ne les enmene pas focerment sur les sites touristiques. Et à chaque fois, je leur montre : « là tu as un super angle, là la vue est magnifique et autres. » Vraiment une vision de photos. Et ils me disent « mais attends ce que tu nous montre c’est genial ». Donc je remercie Yann et Géraldine qui étaient mes premiers cobayes et qui m’ont poussé à faire cela. Ils me disent « bon là, tu as un concept, il faut que tu le developpe parce que cette vision photographique change des guides classiques. » Je dis ok et je demande sur mon blog  et les gens disent que c’est pas mal et qu’ils voudraient tester. Du coup je lance non officiellement, le safari photos. On le fait à Tokyo, on se balade à Tokyo et on va faire des photos des points de vue scéniques de la ville. A partir de là ça marche bien, les gens accrochent et je commence à avoir des agences de voyages qui me demandent si je propose cela aux agences. Je me dis bon maintenant le concept étant rodé, je vais tansformer cela en vrai métier, pas seulement des tests mais un concept qui va se concretiser en une entreprise. Un ami me fait le design du site, puisque j’en avais fait pleins, je voulais avoir un peu de  fraicheur. Là il me dis « pourquoi tu  n’appelerais pas ton truc Tokyo safari » parce que c’était safari photo à tokyo et cétait un peu long. Je lui dis tiens quelle bonne idée.

Du coup ça s’est officialisé, c’était la première année où je travaillait avec des agences. C’est devenu professionnel. Et donc les tokyo safari sont vraiment nées il y’a trois ans.

Othmane – Tokyo Incognito : Et pour participer aux tokyo safaris, il faut avoir des connaissances particulieres en photo ou seulement rammener son Iphone ?

 David – LeJapon.fr : Alors il y’en a beaucoup qui me demandent « voilà moi je ne suis pas photographe pro et je ne fais pas de photos mais j’aime bien regarder les choses. Moi je dis il n’y a pas de problemes, tu peux participer. Puisqu’on va sur des points visuels mais tu n’es pas obligé de les prendre en photos, tu peux juste les apprecier toi-meme. Le coucher du soleil par exemple, n’as pas besoin d’être pris en photos pour être apprécié. Mais en general, mon challenge est qu’à un moment donné même ceux qui ne sont pas photographes se disent « non, non, là il faut que prenne une photo. », qu’ils craquent et decident de faire une photo. Là je me suis ok j’ai reussi mon challenge : même celui qui ne faisait pas de photos se met à faire de la photo, ca veut dire que mon concept marche bien et qu’il accroche.

J’accepte n’importe qui veut voir et découvrir tokyo differemment.

Je n’y vais pas avec un drapeau, mais on est là, on discute. Et c’est comme si on visitait Tokyo avec un ami et que l’ami te dis « non non oublie les guides, moi je vais te montrer le vrai tokyo, ce qui est là, ce qui est joli. Je t’enmene voir ce que j’adore dans la ville et ce qui est pour moi interessant. Mais toujours en discutant avec les gens parce que chacun a des affinités differentes. Il y’en a qui veulent plus voir le coté Fashion, d’autres le coté geek,  traditionnel ou le coté hors des sentiers battus. A la discussion, moi j’ai une map de la ville avec toutes les zones scéniques et ensuite je fais la connexion pour faire une sorte de parcours dans la ville. Mais ce n’est pas une visite guidée, c’est vraiment une decouverte visuelle.

Othmane – Tokyo Incognito : En gros, aucun parcours ne ressemble au precedent que tu as fait, c’est vraiment adapté à ce que veut la personne ? 

David – LeJapon.fr : Voilà, chaque parcours est unique. Et même quand j’ai des groupes que les agences m’envoyent et que tu ne peux pas discuter avec tout le monde, c’est quand même different. Ca varie suivant les saisons, mes envies puis à des moments, je sais que à cet endroit il y’aura des évènements, je sais là en ce moment, les fleurs sont toutes ouvertes et c’est magnifique.

Du coup j’oriente en fonction des saisons, des evenements et tout un ensemble. Puis c’est vivant ca veut dire que tu ne peux pas écrire, vous faites çà çà et ca…Non, il faut le vivre pour vraiment le faire.

Othmane – Tokyo Incognito :Ok, pour rester dans la photo, tu as publié pas mal de livres photo : Le japon, Le japon vu de l’interieur… Est ce que tu peux nous en parler un peu plus ?

David – LeJapon.fr : Le premier, qui est Le japon, est sorti en 2009. C’est la vie au quotidien.

L’éditeur, Les éditions chêne du groupe Hachette, cherchait un photographe pour montrer le Japon de tous les jours, le vrai.

En fait la serie, s’appelle « c’est le rêve ». mais même si c’est ecris c’est le rêve, c’est gens qui habitent dans le pays en general ou qui ont habité qui vont travailler sur cet ouvrage. On voit vraiment un côté proche du pays et pas juste touristique. Du coup ils cherchaient au Japon et ils sont tombés sur mon site donc ils ont vu que j’avais une iconographie assez importante et m’ont demandé si je pouvais écrire des textes, je dis je ne sais pas je n’ai jamais ecris de livre mais bon je le fais tous les jours, j’ecris des articles, je suis journaliste. A mon avis ça ne doit pas etre plus compliqué, j’ai fait un test. Ils m’ont dit très bien, ça nous plait enchaines sur le livre. Donc j’ai fait ce livre avec une approche très personnelle, c’est le japon de tous les jours. C’est pour cela que ce livre « Le Japon, c’est le rêve » chez l’editeur Chêne, il est orienté sur la vie des japonais de tous les jours avec bien sûr pleins de photos, il y’a près de 400 photos dans le livre. On montre la vie de tous les jours et aussi les endroit interessent à voir.

Quand je l’ai sorti, je n’avais pas encore lancé le concept des tokyo safaris c’est pour ça que ça reste ma premiere approche en fait du pays vraiment personnelle. Ce n’etait pas encore l’approche de Tokyo avec le coté très photographique.

Othmane – Tokyo Incognito : Justement quand je regarde les photos sur ton site et sur le Japon. C’est plus  des photos, loin de celles des guides comme celle  d’ecolieres, d’un petit plot, de la Tokyo tower mais pas la version guide avec une vue éclairée mais plutot la vue du matin….

 David – LeJapon.fr : Quand tu lis ce livre, ces vues doivent créer un effet de nostalgie si tu es deja venu au Japon. Tu les vois et tu te dis «ah oui c’est le Japon que j’ai vu ». Finalement c’est loin des images cartes postales, d’epinal qu’on l’habitude de voir.

C’est pour cà, qu ‘il collait bien avec l’esprit du site, lejapon.fr. Parce que le japon.fr c’est pour montrer le Japon autrement et ce livre finalement est dans cette continuité. Il montre le japon autrement, le japon de tous les jours, pas le truc truqué, je ne suis pas resté toute une journée pour attendre le moment pour faire la meilleure photo.

Du coup ce livre revele de la nostalgie alors que si tu prends un beau livre où le mec est resté toute la journée pour prendre la photo, ça fait carte postale.

Othmane – Tokyo Incognito : Et c’est des trucs que tu ne peux pas forcement retrouver en étant à Tokyo, à moins de monter dans des tours et d’attendre vraiment le moment.

David – LeJapon.fr : Finalement c’est truqué. Je ne te raconte pas le nombre de fois où je suis allez à Hakone pour voir le Mont Fuji. Dans les livres, tu as l’Akashi noko, le Tori rouge et le Mont Fuji deriere. Il m’a fallu dix voyages, heureusement que j’habite ici, pour enfin le voir.

Parce qu’en en général, il y’a une masse de nuages et tu le vois pas. Les gens sont donc très frustrés parce qu’ils voient les cartes postales et puis finalement ce n’est pas comme ça. Et c’est ce coté un peu naturel dans mon regard et dans mes photos qui a beaucoup plu aux gens. Du coup le premier livre a eu beaucoup de succès, ce qui fait que l’éditeur a enchainé avec pleins de commandes derrière.

Le deuxieme, c’est Traditionnel Japon  sur l’air Meiji sur l’ouverture du Japon aux pays étrangers puisque pendant deux cents ans le Japon était complettement fermé aux etrangers. Ce livre là, montre le premier regard des étrangers sur le Japon, et c’est ce qui m ‘avait plu dans le challenge puisque j’avais pleins de photos sans commentaires. Il fallait que j’écrive un livre sur des photos où je ne sais pas ce que c’est, de quand ça date et qui a fait la photo…  J’avais quatre cents photos d’archive et ils me disaient vas-y écris un livre. Et c’est ce coté là, premiers regards des étrangers qui venaient au Japon, donc finalement moi j’ai connu ça bien longtemps après mais je me suis retrouvé dans leur style où ils voulaient immortaliser la vie de tous les jours, le quotidien, meme des fois mettre en scene pour reproduire ce qu’ils ont vu. C’était une grande passion pour moi de travailler sur cette partie là, et c’était un peu sur le travail de mes pères puisque c’était les premiers photographes au Japon.

Et ça m’a permis de mieux comprendre le Japon d’aujourd’hui. J’ai donc travaillé sur ce livre comme j’avais travaillé sur le premier livre c’est-à-dire une découverte du Japon maintenant, j’y parle au present et j’explique les scenes comme si on les vivait actuellement.

Et c’est intéressant de mettre en parrallele les deux livres, traditionnel Japon et le japon, parce que finalement, les deux sont des sortes de voyages dans un pays qui est le Japon mais à des époques differentes. Et quand tu les mets en parrallele, tu découvre qu’il y’a des choses qui n’ont pas changé en cent cinquante ans. Et je pense que c’est ça qui fait le charme du Japon aujourd’hui. Tout le monde pense que c’est cliché « le japon entre tradition et modernité » mais quand tu vois tu te dis oui c’est ça.

Quand en été tout le monde s’habille en  yukata pour aller voir les feux d’artifice, c’est comme si en France on s’habillait en Louis XVI pour aller au 14 juillet.

C’est ce qui plait au Japon : ses traditions ancestrales. Je crois que les japonais adoreraient nous voir habiller en Louis XVI le 14 juillet.

 Othmane – Tokyo Incognito : En parlant de ce coté traditionel, apparement Tokyo a toute une politique en prevention du seisme qui arrive, d’enlever toutes les maisons traditionnelles…

 David – LeJapon.fr : Alors si j’ai un conseil aux voyageurs qui veulent venir au Japon : grouillez-vous !

Grouillez-vous, pas parce que le japon va disparaître dans les flots, quoi que… mais c’est surtout que depuis le 11 mars, il y’a eu beaucoup de mouvements au niveau urbain : on a décidé en quelque sorte de détruire le vieux Tokyo qui est consideré comme dangereux en cas de seisme pour le remplacer que par du moderne. Du coup, tous les petits quartiers sont en train de disparaître à une vitesse grand V depuis le 11 mars. Et la mairie du grand tokyo veut faire disparaître tous ces quartiers où les rues sont étroites et les maisons en bois. Donc dans chaque rue devra circuler un camion de pompier pour aller eteindre l’incendie. Car ce n’est pas le tremblement de terre mais l’incendie qui avait fait le plus de victimes en 1923.

Donc toute une partie du Tokyo ancien risque de disparaître avec ces nouvelles normes.

C’est pour ça que les gens qui veulent découvrir ce tokyo ancien se depechent de venir tant qu’il existe.

 Othmane – Tokyo Incognito : Dernière question, est ce qu’après cinq ans, il y’a toujours des choses auquelles tu ne t’ai toujours pas habitué et qui te surprennent toujours ?

David – LeJapon.fr : Oui, c’est la fausse naiveté des japonais. Ils ont confiance alors que nous dans notre polique, d’abord on se méfie et après tu dois prouver qu’on peut avoir confiance.  Tu vas dans un macdo, les jeunes filles vont poser leur sacs Louis Vitton qui vaut plusieurs milliers d’euros puis elles vont commander.

Ca paraît incensé.  Elles ne voient pas le sac mais elles n’ont pas la crainte de se le faire voler.

Même tu discutes avec un japonais, tu dis mais regarde l’étalage en pleine rue, pas de camera ni rien, vous n’avez pas peur de vous faire voler le truc ?
Et là il te regarde bizarement et te dit « ah oui toi tu es etranger… ». Ca veut dire que ça ne leur viendrait meme pas à l’esprit de voler un magasin.

Et c’est agréable. Ca veut dire que le mec malhonnete, il vient ici c’est le roi du monde. Ce n’est pas pour encourager les gens malhonnetes à venir. Mais encore aujourd’hui c’est quelque chose qui me surprend. Mais c’est aussi ce qui est plaisant.

Othmane – Tokyo Incognito :  Pour l’instant, ils n’ont pas grand chose à craindre, c’est pareil pour les velos…

 David – LeJapon.fr : Ils ne sont pas attachés, y’a juste une sorte de menotte qui bloque la roue arrière, le truc que tu peux arracher sans problemes. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vols de velos au Japon, il y’en a. Mais c’est plus de l’emprunt le mec, il est bourré, il a raté son dernier metro, il pique un velo qu’il abandonnera un peu plus loin.

Ce qu’il y a c’est qu’ils sont à l’abri car ils ont une éducation basée sur l’image de soi. L’image qu’ils véhiculent aux gens. Ils ne vont pas nuire à cette image en volant. Ils sont stressés ici mais pas par les même stress qu’en France ou ailleurs. C’est plus par l’importance de cet image qu’il véhiculent. Et voler c’est la pire image. Meme si tu as ton gamin qui pique un bonbon c’est la honte, ce n’est meme pas concevable.

C’est ce qui fait cette atmosphère sécurisante. Pareil, dans la culture, mon troisième bouquin c’etait sur les us et coutumes japonaises, où j’explique tous ces petits cotés cultures et traditions.

Je montre le mélange entre superstitions, croyance. Tout ce qui fait que le japon est un pays unique. Parce que finalement le Japon c’est l’un des rares pays où la religion sans être inquisitrice, reste très presente. Les gens croient et ça tient sur la superstition.  IL ya plein de petites choses qui regissent la vie de tous les jours dans le vie nippone. Dans mon dernier livre Japon vu de l’interieur, j’ai eu la chance de faire des interviews chez les gens pas seulement en faisant des photos chez eux mais en fouillant dans leurs passés, en demandant comment ils sont arrivés à vivre dans un tel environment: pourquoi telle maison ? Pourquoi cet endroit ? C’est ce qui permet en fait de mieux comprendre la société, et j’avais pleins de profils différents de l’artisan à l’avocat en passant par l’architecte. Tout ça te permet de découvrir qu’à la fin, le Japon est une mosaïque énorme et est régie par des choses qui peuvent paraître absurdes. C’est un terrain de jeu idéal pour tout psychologue.

Othmane – Tokyo Incognito :  Bein Merci beaucoup David !

David – LeJapon.fr : J’espère que ça sera pas trop long et que les gens écouteront jusqu’au bout.