Mangas et pauvreté

Au Japon, il existe deux catégories de sans-abris. Les premiers n’ont pas de logement, vivent dans les parcs, au bord des fleuves ou dans les gîtes. Les deuxièmes sont appelés les « Réfugiés des Manga Café ». Ces manga cafés sont réputés au Japon, ils offrent un endroit confortable ou le client peut lire des centaines de manga pour un prix modeste. Mais récemment, ces cafés ont été détournés de leurs fonctions, et sont souvent utilisés comme un vrai « chez-soi ». Le Japon est un pays riche avec une monnaie puissante, cependant, d’après une étude du ministère de la santé et du travail en 2009, 5400 personnes se réfugiaient chaque nuit dans les manga cafés, et la plupart n’avaient pas encore 30 ans ! C’est devenu une solution de secours fréquente. Pourquoi ? Premièrement, le prix est très avantageux: 8 heures à l’abri vous couteront entre 1200 et 1500 yen la nuit (entre 13 et 17€), alors qu’un hôtel capsule ou une guesthouse vous factureront au moins 30€. Au Japon, si vous voulez louer un appartement, les frais sont considérables : commission, clés, caution, cadeau au propriétaire, etc…ce qui représente un capital de base important. Pour beaucoup de jeunes, il est impossible de réunir autant d’argent en une seule fois. Alors que dans les manga cafés, les jeunes peuvent non seulement lire des mangas par centaine, mais ils disposent aussi d’une connection internet illimitée et souvent de boissons et nourriture à volonté, tout cela compris dans le forfait. Leurs journées se résument en général à des petits boulots qui ne requièrent aucune qualification, puis retour au café pour le reste de la journée. Autant préciser que dans les mangas café, il n’y a pas beaucoup de renouvellement de clients….quand quelqu’un a adopté ce mode de vie, il lui est très difficile d’en sortir.

Il m’est arrivé un jour d’aller dans un café de ce type dans le nord de Tokyo. Vers 1h du matin, 90% des places étaient occupées. Je me suis contenté d’un petit box équipé d’un sofa-lit. Après avoir lu quelques mangas, j’ai essayé de dormir, mais il y avait si peu d’espace que je ne pouvais même pas étendre mes jambes. Entre le PC, le sofa et la table répartis sur 1m50, impossible de se mettre à l’aise. De plus, les box sont séparés les uns des autres par des murs très fins, et ne sont pas couverts. Autant préciser que l’on entend très bien les ronflements, les reniflements et autres bruits…je me suis d’ailleurs retrouvé à coté d’une personne qui tapait sur mon mur de façon incessante. Impossible de dormir. Vers 7h, les habitants commencent à se reveiller et à prendre leur douches (inclut dans le prix). Toutes ces personnes reviendront probablement vers 6h ce soir, suivant chaque jour la même routine.

Malgré une montagne de mangas, pas d’espoir pour le futur. Les mangas cafés ne sont pas une solution.