Le nombre de suicides au Japon fait régulièrement les choux gras de la presse étrangère et entretient le mythe d’un peuple japonais prêt à se jeter sous un train à la moindre occasion : Souvenez vous de ces soi-disant 147 suicides organisés par internet pour protester contre le retard du jeu Dead or Alive.
http://www.youtube.com/watch?v=gze15ryMCxQ
Ou des prétendus centaines de suicides après la mort d’Hide, qui en fait ne sont que 3.
Si l’on s’attache aux statistiques il est vrai que le taux de suicide au Japon est supérieur à la moyenne mondiale. Mais pour autant il n’est pas « le » pays du suicide. En 2007 il était au 8ème rang des pays « développées » et au 64ème rang mondial. Le peloton de tête des pays développés est uniquement composé de pays d’Europe de l’Est : Lituanie, Biélorussie, Russie, Kazakhstan, Slovénie, Hongrie et Lettonie.
Alors d’où vient ce cliché sur les tendances suicidaires des japonais ?
On peut avancer plusieurs hypothèses sur le sujet.
En France et dans tous les pays historiquement chrétiens, pendant des centaines d’années le suicide était un péché mortel, et les suicidés étaient enterrés à l’extérieur des cimetières sans cérémonie religieuse. Leurs âmes ne pouvaient se rendre au paradis.
Alors qu’au Japon le bouddhisme comme le shintoïsme ne condamne pas le suicide.
Les premiers cas de suicide par seppuku datent du XIIème siècle. Il existe différentes sortes de suicides : pour laver la honte, pour l’honneur, pour se révolter, pour suivre dans mort son seigneur, pour le bien de sa famille, etc.
De plus dans les œuvres de fiction sur le Japon qui connaissent le succès en occident, il n’est pas rare que la conclusion soit le suicide d’un ou plusieurs personnages (Madame Butterfly, Le dernier samouraï, Suicide club, Aniki mon frère, NHK ni Yokoso etc).
Il est alors facile de faire l’amalgame : le suicide fait partie de leur culture donc ils se suicident plus que chez nous.
De plus les japonais ont des habitudes de suicide assez glauques qui attirent l’attention des médias.
Au pied du mont Fuji, la forêt Aokigahara est le lieu le plus prisé pour se suicider

Tous les ans une battue est organisée et environ 100 corps sont retrouvés.
Dans le même esprit la falaise Tojinbo est tristement célèbre pour attirer les suicidaires des alentours. Yukio Shige, un policier à la retraire qui patrouille tous les jours sur la falaise pour dissuader les candidats au suicide, a été interviewé dans la presse japonaise et occidentale.
Comme dans le film Suicide club, l’essor d’internet a vu fleurir des sites de suicide : des étrangers décident de se donner la mort ensemble pour ne pas flancher le moment venu. Ou partagent leurs meilleurs recettes de gaz de produits ménagers pour mourir facilement. En 2007, 29 personnes utilisèrent ce gaz pour se suicider. En 2008, après la mise en ligne du mode de fabrication du gaz, 867 japonais s’étaient empoisonnés.
En 2010, le taux de suicide a baissé de 3,5%. Peut être le début d’une baisse significative année après année des suicides au Japon.


