
Nous avions déjà mentionné plusieurs fois la quantité de travail hallucinante que peuvent fournir certains employés japonais. Le sujet que nous n’avions en revanche pas abordé c’est le karôshi, littéralement « mort par surtravail ».
Les conditions de travail des Japonais sont connues pour être des plus stressantes, à tel point qu’une « maladie professionnelle » engendrée par toute cette pression a été décelée il y a plus de 40 ans.
Allant parfois jusqu’à travailler le double de temps réglementaire (voir le triple) sur de longues périodes, la fatigue prend le dessus, le cœur s’emballe et c’est pour certain, la mort subite. Ce rythme combiné aux nombreuses boissons énergisantes (style Lipovitan) que l’on trouve absolument partout au Japon, favorise en effet nettement les accidents cardiovasculaires chez des personnes aussi bien de 60 ans que d’une vingtaine d’années.
C’est en 1982 que le terme de karôshi a fait son apparition. Trois médecins japonais, Tajiri, Uehata et Hosokawa ont voulu regrouper l’ensemble des maladies cardiovasculaires causées par le travail sous ce nom. Ils ont pu de cette façon faire prendre conscience à la population japonaise de l’ampleur du phénomène et du danger de ce rythme de vie.
On considère comme deuxième cas de karôshi, les suicides liés à la pression et au stress. On utilisera alors plus précisément le terme de karôjisatsu (autrement dit « suicide de surmenage ») pour le désigner.
La crise économique dans le début des années 90 avait fait fortement augmenter le nombre de victime de cette « maladie professionnelle ». En effet, au cours de l’année 1995, les cas de karôshi sont passés d’environ 10 à 81. Puis, entre 2005 et 2006, on avait compté plus de 157 décès sur les 300 personnes victimes d’accidents cardiovasculaires recensées.
On peut utiliser le cas de Ken Ichi, salarié chez Toyota, pour donner un exemple concret de karôshi. L’homme alors âgé de 30 ans décéda subitement sur son lieu de travail d’un infarctus du myocarde. Sa femme, Hiroko Uchino, attaqua alors en justice l’inspection du travail et révéla que son défunt mari cumulait un total de 255 heures supplémentaires en 3 mois.
Nous avons aussi pu observer ce type de phénomène en France. Les nombreux suicides enregistrés ces dernières années au sein de la société France Télécom et qui seraient dus à des conditions de travail exécrable, sont en effet aussi des cas de karôshi.
Au Japon, le karôshi tout comme le karôjisatsu sont aujourd’hui considérés comme accident du travail, ainsi les familles des victimes peuvent recevoir une pension et ce quelque que soit l’endroit où à eu lieu le décès. Mais cela est le fruit d’une longue lutte des syndicats japonais généralement composés de proches des victimes.


