Les Japonais et la peine de mort

Le fait que la peine de mort soit encore aujourd’hui appliquée et approuvée par environ 90% des Japonais, que le mode d’exécution soit la pendaison, ou encore que les condamnés soient prévenus le jour même, sont autant de choses qui peuvent nous dérouter un tant soit peu.
C’est pourquoi, afin de mieux comprendre la raison d’un pourcentage si élevé, j’ai voulu connaître l’avis des  japonais sur la question de la peine de mort.
Tout d’abord, à la question « pour ou contre » la réponse a été à chaque fois catégorique, le « pour » l’emporte.
On m’a alors expliqué que pour les Japonais, la condamnation à mort est considérée comme absolument nécessaire lorsqu’un meurtre a été commis. Il s’agit en quelque sorte d’une compensation pour la famille endeuillée. « Ce n’est pas concevable qu’un assassin ait le droit de se tourner les pouces en prison » a-t-on ajouté.
Lorsque j’ai abordé la question des droits de l’homme la réponse formulée a été « Pourquoi une personne qui, en tuant, ne respecte pas le droit à la vie d’autrui, devrait-être elle-même défendue par un argument mettant en avant les droits de l’homme ? »
Au sujet de la pendaison, malgré l’image choquante (le but étant certainement de rebuter au maximum les éventuels meurtriers), les Japonais ne considèrent pas cela comme plus ou moins cruel que l’exécution par injection puisque dans les deux cas la mort est instantanée.
Au Japon, sont passibles de condamnation à mort, toutes personnes de plus de 18 ans (bien que la majorité civile soit de 20 ans) ayant commis au moins trois meurtres. La date entre le moment où la peine capitale est prononcée et la signature de l’ordre d’exécution peut varier sur une plus ou moins longue période (allant parfois de 1 à 20 ans). Cependant, une fois l’ordre d’exécution signée par le ministre de la justice, le condamné doit être exécuté dans un délai de 5 jours. Si le détenu ne prend connaissance de sa date d’exécution que le jour même, cela vient du fait qu’on cherche à éviter autant que possible les suicides.
Les 7 salles d’exécutions du Japon sont situées à Sapporo, Tokyo, Sendai, Fukuoka, Hiroshima, Osaka, et Nagoya. De façon à déculpabiliser les « bourreaux », il y a dans ces salles entre 3 et 5 boutons qui actionnent la trappe où tombe le condamné. Ils ignorent ainsi lequel d’entre eux a causé sa mort.
Cela dit, bien que les Japonais sont majoritairement pour l’application de la peine de mort, il   y a un écart entre le nombre de condamné et le nombre d’exécution. Il y a eu en effet à de multiple reprises, des cas où les ordres d’exécutions n’étaient pas signés par le ministre de la justice, notamment de 1989 à 1993. Le sujet de l’abolition de la peine de mort avait même était abordé dans le début des années 90, mais l’attentat au gaz sarin, le 20 mars 1995, dans le métro de Tokyo par la secte Aum Shinrikyo, avait contrebalancé l’avis des Japonais. De plus, lors de l’arrivée du ministre Masaharu Gotoda, les exécutions reprennent afin de redonner une certaine crédibilité au condamnation à mort. Pourtant, en 2011, une fois encore, aucun ordre d’exécution ne fut signé par l’actuel ministre de la justice Hideo Hiraoka.

On peut alors constater que pour les Japonais, l’idée de condamnation à mort semble totalement indissociable du système juridique, au moins par respect pour les proches des victimes, et ce même si les ordres d’exécutions en eux-même ne sont pas signés. Par ailleurs, le fait que cela puisse  paraître étrange pour certain d’entre nous suscite l’incompréhension chez quelque Japonais.

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